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Vidéo. conférence de presse des mères d’Odessa

29 jan

https://www.youtube.com/watch?x-yt-ts=1422503916&v=1-GR6Z8y9cw&x-yt-cl=85027636

Nous ressentions une très forte émotion en ouvrant à la conférence de presse de nos amies d’Odessa, Irina et Elena, représentantes du Comité des Familles des Victimes du massacre du 2 mai 2014. D’un côté de la salle de l’AGECA nous avions affiché les photos déroulant l’‘historique du massacre, montrant sa dimension de « pogrom » c’est-à-dire de violence organisée par des groupuscules fascistes mais perpétrée y compris par des citoyens ordinaires se délectant du spectacle, drapeau ukrainien à la main. De l’autre côté de la pièce se trouvaient les photos d’Andrei Sténine, photographe russe tué dans la guerre contre le Donbass – les maisons détruites, les corps des civils tués dans leur maison,  les familles en pleurs. Ces photos répondaient en un écho terrible aux morts d’Odessa du mur d’en face. Après la décennie violente des guerres en Yougoslavie, encore une guerre en Europe, oubliée, méprisée, banalisée. Combien de victimes civiles faut-il en Europe de l’Est pour que les médias occidentaux daignent y prêter attention autrement qu’en reprenant les déclarations de propagande ? 5000 ne suffit pas, 10 000, 100 000 ?

Gilles Questiaux de Réveil Communiste, Gerogui Chepelev du Collectif pour la Paix en Ukraine et moi-même pour le mouvement Féministes pour une Autre Europe, nous avons brièvement présenté la naissance de ce collectif,  comment nous avons été horrifiés par les événements en Ukraine depuis 2013, par le massacre d’Odessa et puis l’escalade guerrière contre le Donbass. Comment nous avons lancé des pétitions, organisé des manifestations à Paris, alerté les députés de la gauche française et européenne sur l’importance de ce qui se déroulait en Ukraine, sur la nécessité d’aider les victimes, de porter leurs paroles, de lutter enfin pour une enquête internationale, sous l’égide de la Cours Européenne des Droits de l’Hommes sur le massacre à Odessa, le massacre dans le Donbass et les multiples violations des droits de l’hommes ayant cours sur le territoire ukrainien.

Irina et Elena ont déroulé avec dignité le fil des événements dramatiques –  la constitution de l’anti-Maidan pacifique sur la place de Koulikovo Pole, l’arrivée des milices extrémistes mélées aux supporters de football le 2 mai, la chasse à l’homme dans les rues d’Odessa, la destruction du village de tentes de l’Anti-Maidan, l’incendie criminelle de la Maison des Syndicats et les meurtres des gens désarmés, alors que la police regardait en spectatrice. Elena a sobrement présenté un livre contenant les biographies des victimes – un professeur de mathématiques, un designer, des ingénieur/es, des étudiant/es… Elle nous a parlé de son fils, Andrej Brajevski, ingénieur en informatique, militant du groupe marxiste Borotba battu à mort par les criminels, avec son ami, le jeune Vadim Papura, membre des Jeunesses Konsomol.

On comprenait ainsi que c’était bien les habitants d’Odessa, l’intelligentsia et les militants de gauche qui étaient visés. Elena expliqué que le chiffre officiel des morts, 48 personnes, ne tenait pas compte des disparus, dont les familles ont pu recenser 66 noms. Elle a donc demandé à ce que nous aidions les familles à exiger une enquête internationale afin que les meurtriers, certains parfaitement indentifiables sur les photos et vidéos, soit trouvés, jugés, et punis. L’Etat ukrainien n’a en effet pas la volonté de mener une telle enquête, préférant emprisonner sans jugement les victimes survivantes, plusieurs étant accusées « ‘d’atteinte à la sûreté de l’Etat » !

C’est bien pour cela que nous avions organisé cette rencontre. Hélas, si la salle était pleine – une quarantaine de personne, dont de nombreux militants communistes, les journalistes des médias officiels ne se sont pas déplacés. Etaient présents par contre des médias alternatifs, des collaborateurs du blog Les Crises, des agences médias et des journalistes indépendant/es.

Le débat public qui se déroula le soir même à la Librairie Tropiques fut très suivi également – 40 personnes ne pressait dans la toute petite librairie. Ce manque de place nous rappelait que nous n’étions pas soutenus par des organisations et des structures, que nous ne disposions pas d’une salle d’université, de parti ou de syndicat et que certains lieux de gauche de Paris nous avait refusé leur concours.

Mais l’espoir venait du nombre et de la qualité des participants, militants anti-capitalistes, communistes, syndicalistes, qui ont posé des questions pertinentes et promis de continuer la lutte ensemble.

Le lendemain, 27 janvier, Elena et Irina ont été reçues par Michel Voisin, député UMP du Groupe France Ukraine, le seul qui ait accepté de les recevoir. Regardant attentivement les photos du massacre que nous avions apportées, il nous a dit connaitre la vérité et en être horrifié. Cependant il n’a pas pu s’empêcher de questionner Elena et Irina sur leur attitude face à « l’intégrité territoriale de l’Ukraine » et sur « La Crimée, où le droit internationale doit être respecté ». Nous étions un peu interloquées par ces questions peu pertinentes, notamment concernant la Crimée. La Crimée est une autre région, elle est loin d’Odessa et a une autre histoire qu’Odessa. Les mères des victimes n’étaient pas venues parler de géopolitique et des sanctions contre la Russie, mais demander à un député français membres des commissions de l’OSCE de s’engager à les soutenir pour que les droits de l’homme soient respectés en Ukraine, notamment le droit à la vie, à la justice et aussi aux respects de l’habeas corpus pour les personnes innocentes emprisonnées.

Finalement Michel Voisin nous a donné raison sur l’importance de cette question et a promis de proposer une résolution en ce sens dans son groupe France-Ukraine.

La réunion du Groupe Communiste pour la Politique Extérieur Polex fut encore plus importante. En présence de militants et d’intellectuels de la gauche française, très critiques face à la soumission de la France à la stratégie de l’OTAN et aux menés déstabilisatrices et guerrières du gouvernement états-unien, nos amies ont pu illustrer par leurs présentation à quoi peut mener une tel déstabilisation  d’un pays européen : à  la terreur semées par des milices fascistes dans une des plus grandes villes de la Mer Noire. En écoutant les intervenants, on reconnaissait que si la France militarisait sa diplomatie en Afrique, si elle participait à la destruction d’Etats comme celui de la Lybie, c’est parce que dans la stratégie américaine de conquête de ressources naturelles et de profits, la France doit avant tout rester le gendarme de l’Afrique, mais se tenir éloignée de l’Europe de l’Est, qui doit devenir un pré carré américain.

Or, c’est nous, citoyens européens et français, qui vivons en Europe. C’est nous qui sommes responsables de l’état de notre continent,  de la vie et de l’état des droits de nos concitoyens. Nous devons à tout prix, et notamment les organisations de gauche, assumer cette responsabilité : s’intéresser à l’Est de l’Europe,  établir des collaborations étroites avec nos amis et collègues des pays de l’Est européens et lutter pour une Europe indépendante, en paix et débarrassée des oligarchies mafieuses et guerrières qui nous gouvernent malheureusement presque partout. Que la victoire de Syriza en Grèce soit une hirondelle qui annonce un vrai printemps.

Monika Karbowsk



29/01/2015
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